Un décret pour contraindre une activité lucrative au profit des soins thérapeutiques
Le gouvernement prépare un décret qui restreint la part du temps de travail consacrée à la médecine esthétique chez les médecins libéraux à 30 %, le reste devant être réservé à leur spécialité d'origine. Le projet, consulté par l'AFP et relayé par plusieurs médias, vise à dégager du temps thérapeutique face à la difficulté d'accès aux soins en France.
Le texte impose aussi des conditions d'accès à cette activité peu remboursée par l'Assurance maladie : les médecins souhaitant pratiquer l'esthétique devront avoir exercé pleinement au sein de leur spécialité pendant cinq ans avant de s'y engager, ainsi que valider une formation théorique et pratique dont le contenu sera fixé ultérieurement par arrêté.
« On ne va pas combler les trous dans les déserts médicaux, parce qu’on n’est pas installés dans les déserts médicaux », déclare le docteur Françoise Archambault.
Pourquoi le gouvernement agit — et pourquoi les praticiens contestent
Face à une pénurie persistante de médecins traitants et de spécialistes, l'exécutif cherche des leviers pour augmenter le temps consacré aux consultations médicales « classiques ». Selon le projet, limiter les activités non remboursées et potentiellement très rémunératrices pourrait inciter certains praticiens à consacrer davantage de temps aux soins quotidiens.
Mais la profession réagit vivement. Les représentants des médecins esthétiques estiment que la mesure risque davantage de désorganiser le secteur que d'améliorer l'accès aux soins. Ils soulignent, comme le dit le Dr Archambault, que nombre de praticiens exerçant l'esthétique ne sont pas installés dans les zones où le manque de médecins est le plus aigu.
Des chiffres évoqués — mais une comptabilité difficile
Le syndicat UME-SML avance quelques estimations : sur environ 125 000 médecins libéraux, entre 2 800 et 5 000 auraient une activité esthétique. Parmi eux, quelque 1 500 seraient des généralistes, dont environ 500 dédiés exclusivement à l'esthétique. Les chirurgiens plasticiens représentent un peu plus d'un millier de praticiens, et parmi les 3 700 dermatologues, près de 35 % consacreraient plus de 10 % de leur activité à la médecine esthétique, selon le syndicat national de dermatologie-vénérologie.
Ces chiffres restent toutefois approximatifs car l'activité n'est pas codifiée par l'Assurance maladie — elle n'étant pas remboursée — ce qui complique toute évaluation précise de l'impact réel d'un plafonnement.
Conséquences possibles et enjeux
- Pour les patientes et patients : un éventuel changement de l'offre d'actes esthétiques, avec des délais ou des lieux de prise en charge différents.
- Pour les médecins : obligation de respecter un seuil d'activité, formations supplémentaires et, pour certains, réorganisation de leur cabinet.
- Pour l'accès aux soins : la mesure vise à redistribuer du temps médical vers les consultations, mais son efficacité dépendra de l'installation géographique des médecins concernés et de la mise en œuvre concrète du texte.
La publication du décret devrait préciser plusieurs points opérationnels, notamment la définition exacte du calcul du « temps de travail » dédié à l'esthétique et le contenu des modules de formation. Les associations professionnelles et syndicats de médecins suivent de près les discussions, craignant des conséquences imprévues sur l'organisation des cabinets et des centres esthétiques.
Ce dossier lie deux enjeux sensibles pour les femmes et les personnes soucieuses de leur apparence : la régulation d'une pratique esthétique en plein essor et la préservation d'un accès aux soins de proximité. Les débats à venir devront articuler ces dimensions sans stigmatiser les choix individuels des praticiens ni compromettre la disponibilité des soins.
Sources : projet de décret consulté par l'AFP ; syndicat UME-SML ; syndicat national de dermatologie-vénérologie.