Dans la mode, la beauté et le luxe, les femmes occupent une place centrale comme clientes, créatrices et professionnelles. Pourtant, cette présence n’a pas toujours signifié un accès équivalent au pouvoir économique. Dans un article publié le 2 novembre 2026, L’Opinion analyse une évolution contrastée : les femmes sont plus nombreuses à diriger de grandes maisons, tandis que les fondatrices restent confrontées à des difficultés persistantes lorsqu’il s’agit de financer et de conserver leur entreprise.
Des directions générales davantage féminisées
L’histoire du secteur rappelle que plusieurs marques majeures ont été créées par des femmes. Coco Chanel, Jeanne Lanvin, Nina Ricci, Gaby Aghion pour Chloé, Sonia Rykiel, Estée Lauder et Helena Rubinstein figurent parmi les pionnières citées par L’Opinion. Leur contribution a durablement façonné la mode et la beauté, mais la propriété de ces entreprises a ensuite évolué.
Parallèlement, des femmes ont été nommées à la tête de grandes maisons. L’exemple de Wanda Ferragamo est ancien : après la disparition de son époux, elle a pris les commandes de l’entreprise en 1960 et l’a développée. Les sœurs Fendi sont également mentionnées comme une illustration de cette capacité à diriger des entreprises familiales et internationales.
Le mouvement s’est poursuivi dans les grands groupes. Chanel est dirigée par des femmes sans interruption depuis plus de trente ans, selon l’article. LVMH a placé des dirigeantes à la tête de plusieurs marques, souvent après un parcours construit au sein même de l’entreprise. Chez Hermès, plusieurs métiers sont également conduits par des femmes.
| Maison ou groupe | Évolution mentionnée |
|---|---|
| Chanel | Une direction féminine depuis plus de trente ans |
| Saint Laurent | Des femmes nommées à la direction générale en 2005 puis en 2013 |
| Balenciaga | Une femme nommée à la direction générale en 2007 |
| Pomellato et Dodo | Direction générale assurée par Sabina Belli |
| Boucheron | Direction générale assurée par Hélène Poulit-Duquesne |
Le plafond se déplace vers la propriété des marques
Cette progression dans les fonctions de direction ne doit toutefois pas masquer une autre réalité. Les femmes qui ont fondé des marques devenues internationales sont aujourd’hui moins nombreuses à en détenir le contrôle. Beaucoup de ces entreprises appartiennent désormais à des groupes créés par des hommes. Cette reprise a parfois permis à des maisons de poursuivre leur développement, mais elle pose aussi la question de l’accès des créatrices aux capitaux et aux investisseurs.
Le contraste avec les États-Unis est souligné par Floriane de Saint-Pierre, fondatrice et présidente d’un cabinet de recrutement. La taille du marché américain et son écosystème entrepreneurial auraient facilité l’essor rapide de marques fondées par des femmes, parmi lesquelles The Row, Skims, Veronica Beard et Tory Burch. En France, l’article cite Isabel Marant comme une entrepreneuse ayant réussi à bâtir une marque internationale d’une taille économique significative.
Diriger ne signifie pas toujours posséder
Les trajectoires citées montrent ainsi deux réalités qui peuvent coexister : une femme peut accéder à la direction opérationnelle d’une maison tout en évoluant dans un cadre capitalistique qui ne lui appartient pas. La nomination de Francesca Bellettini à la tête de Saint Laurent en 2013, puis de Gucci, ainsi que les parcours de Sabina Belli et d’Hélène Poulit-Duquesne illustrent la progression des femmes dans la gouvernance du luxe.
À l’inverse, la question de l’investissement reste déterminante pour les créatrices qui souhaitent lancer, développer ou transmettre leur propre entreprise. L’Opinion présente le cas de Natalie Massenet comme exceptionnel parmi les fonds actifs dans la mode et le luxe. Sans accès durable au financement, la réussite d’une marque fondée par une femme peut donc conduire à une cession à un groupe plutôt qu’à la constitution d’un patrimoine entrepreneurial conservé par sa créatrice.
Le secteur apparaît dès lors comme un laboratoire utile pour mesurer les avancées de l’égalité professionnelle. Les femmes y ont gagné une visibilité réelle dans les comités de direction et à la tête de maisons prestigieuses. Le prochain enjeu se situe aussi dans les décisions d’investissement : qui finance les marques, qui en détient le capital et qui bénéficie de leur croissance ? La parité des postes de direction ne règle pas à elle seule cette question de pouvoir économique.