Un festival qui donne de la place à la peine
Plutôt que de chercher à l'effacer, l'équipe du café culturel l'Astronef, dans le quartier Saouzelong à Toulouse, a choisi de mettre la tristesse au centre de la vie collective. Pour sa quatrième édition, le Déprestival Pur chagrin se tiendra du 29 octobre au 4 novembre 2026. Durant six jours, conférences, concerts, projections, spectacles et ateliers composeront une programmation destinée à dédramatiser et à partager la peine, entre sérieux et dérision.
Le concept est né au sein de l'Envolée, l'espace inter‑associatif installé au-dessus de l'Astronef, qui réunit plusieurs structures locales. L'idée est simple : offrir des rendez‑vous collectifs pour parler du chagrin, pour ne pas l'isoler et pour expérimenter d'autres manières de traverser ces émotions, loin de l'injonction sociale à toujours « aller bien ».
"On s'est rendu compte en discutant que la gestion de la peine et du chagrin était très différente entre l'Amérique du Sud, où les gens se retrouvent et partagent leurs émotions et ici, où on les vit de façon plus personnelle voire cachée. On a décidé d'en faire un festival, de se rassembler pour ne pas rester seul chacun de son côté face à ces questions." — Pierre Susin, cogérant de l'Astronef
Programmation hybride : du sérieux, de l'absurde et du collectif
Le Déprestival mêle des propositions variées pour aborder la tristesse sous plusieurs angles :
- des conférences — dont celle d'ouverture consacrée à l'angoisse et à l'exil par Marie‑Jean Sauret, psychanalyste et professeur de psychopathologie à l'Université Toulouse Jean Jaurès ;
- des spectacles et concerts
- des ateliers participatifs et des projections
- des formats plus ludiques et décalés, comme un « karaoké triste » ou un « speed‑dating de l'angoisse », qui mêlent dérision et partage
Le festival se veut inclusif et pluriel, interrogeant la manière dont différentes cultures vivent et célèbrent le deuil et la peine. L'édition précédente a montré l'engouement du public : la conférence de Marie‑Jean Sauret en 2025 avait fait salle comble, signe qu'il existe un désir réel d'espaces de parole sur ces sujets.
Une réponse culturelle à une injonction sociale
En proposant un événement « à contre‑courant de l'injonction à aller bien », l'Astronef met en lumière un paradoxe contemporain : la pression sociale vers la performance émotionnelle et la positivité permanente peut conduire à l'isolement de celles et ceux qui traversent des moments difficiles. Le Déprestival invite à une autre posture : reconnaître la tristesse, la nommer et la partager, avec parfois de l'humour pour la désamorcer.
Pour qui et pourquoi ?
Le festival s'adresse à un large public : personnes en deuil, curieuses, professionnels de la santé mentale, artistes, ou simples habitant·e·s souhaitant expérimenter des manières collectives de vivre le chagrin. En valorisant des échanges et des formats variés, l'Astronef espère créer des ponts entre pratiques culturelles, réflexions cliniques et solidarités locales.
Pratique
Le Déprestival se tiendra du 29 octobre au 4 novembre à l'Astronef, café culturel du quartier Saouzelong à Toulouse. La programmation détaillée et les modalités de participation sont communiquées par l'équipe de l'Astronef et ses partenaires.
Si ce sujet touche une corde sensible et soulève des questions de santé mentale, n'hésitez pas à contacter un professionnel ou les services d'aide appropriés.