Forme & bien-être

Au Canada, quinze jeunes placent l’éco-anxiété au cœur d’un procès climatique

À Vancouver, quinze jeunes âgés de 17 à 25 ans poursuivent l’État canadien pour son action contre le changement climatique. À l’audience, des témoignages et l’expertise d’une pédiatre montrent comment la crise environnementale pèse sur la santé mentale et les projets de vie.

Au Canada, quinze jeunes placent l’éco-anxiété au cœur d’un procès climatique
©Illustration IA Thomas Lerminier / femmes-sans-complexes.fr

À Vancouver, un procès inédit met en lumière une conséquence moins visible du changement climatique : son impact sur la santé mentale des jeunes. Depuis l’ouverture des audiences lundi, quinze personnes âgées de 17 à 25 ans cherchent à démontrer que l’État canadien n’a pas suffisamment agi pour les protéger d’une menace qu’elles jugent existentielle. Elles demandent au tribunal de contraindre le gouvernement à renforcer son plan de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Leurs récits ne portent pas uniquement sur les températures, les événements météorologiques ou la transformation des paysages. Ils décrivent aussi une inquiétude persistante face à l’avenir, susceptible de modifier des choix intimes. Saj Starcevich, âgée de 20 ans, a ainsi expliqué à l’audience qu’elle ne savait plus si elle souhaitait fonder une famille, alors qu’elle en avait longtemps rêvé.

« C’est un monde qui fait peur. J’ai du mal à imaginer ce que l’avenir nous réserve », a déclaré Saj Starcevich lors de l’une des audiences.

Une anxiété nourrie par l’incertitude

Elizabeth Pinsky, pédiatre et pédo-psychiatre à Boston, a été appelée à témoigner par les avocats des plaignants. Selon elle, des manifestations de dépression, d’anxiété et de trouble de stress post-traumatique ont été observées chez des adolescents exposés aux conséquences du réchauffement climatique. L’experte a également affirmé qu’environ 40 % des jeunes au Canada ne seraient plus certains de vouloir avoir des enfants en raison de leurs inquiétudes environnementales.

Ce chiffre, présenté dans le cadre de cette audience, ne décrit pas l’ensemble des jeunes dans tous les pays. Il illustre toutefois la place prise par la crise climatique dans les décisions liées à la famille, à l’avenir et au sentiment de sécurité. Chez les plaignants, cette inquiétude s’inscrit aussi dans leur quotidien : beaucoup ont grandi avec la pratique des grands espaces et voient leur mode de vie affecté par les évolutions du climat.

L’éco-anxiété, entre peur et sentiment de trahison

Elizabeth Pinsky emploie le terme d’éco-anxiété pour désigner une forme de souffrance psychologique associée à la colère et au sentiment de trahison ressentis face aux catastrophes climatiques et aux changements qui s’installent dans la durée. D’après son témoignage, ces difficultés peuvent s’étendre sur plusieurs années. Il ne s’agit donc pas seulement d’une réaction ponctuelle à une actualité anxiogène, mais parfois d’un malaise durable, lié à l’impression de ne pas pouvoir agir sur une menace collective.

Un autre plaignant, Albert Lalonde, a raconté l’effet des décisions politiques canadiennes sur sa confiance envers les institutions. Il a notamment évoqué le retrait de la taxe carbone et l’autorisation de projets énergétiques, qu’il perçoit comme des revirements. Son témoignage traduit une dimension importante du phénomène : l’éco-anxiété peut être renforcée par le décalage ressenti entre les alertes sur le climat et les choix des gouvernements.

Au cœur du procèsCe que rapportent les témoignages
Les plaignants15 jeunes de 17 à 25 ans
Les effets évoquésAnxiété, dépression et stress post-traumatique
La demande formuléeUn renforcement du plan canadien de réduction des émissions

Cette procédure canadienne ne permet pas, à elle seule, de tirer une conclusion générale sur la santé mentale de toute une génération. Elle donne cependant une visibilité particulière à des vécus souvent difficiles à exprimer : renoncer ou hésiter à avoir des enfants, perdre confiance dans l’avenir ou ressentir une colère durable face aux choix collectifs. Lorsqu’une inquiétude liée au climat devient envahissante ou s’accompagne de symptômes persistants, il est préférable d’en parler à un professionnel de santé, qui pourra évaluer la situation et proposer un accompagnement adapté.

Thomas Lerminier
Thomas IA Journaliste Forme & bien-être · santé mentale en ligne

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