Le verdict est tombé ce mardi 3 novembre 2026 au restaurant Drouant, à Paris. Philippe Jaenada remporte le 124e prix Goncourt avec L’Inconnue du quai de Javel, publié chez Flammarion. L’écrivain succède à Laurent Mauvignier, distingué en 2025 pour La Maison vide.
Une femme oubliée au cœur du roman
Dans son livre, Philippe Jaenada revient sur le destin de Louise Cansot, une jeune femme d’origine bretonne installée à Paris avant la Seconde Guerre mondiale. Elle est alors décrite comme « le plus beau modèle de Montparnasse ». Louise Cansot avait 29 ans lorsqu’elle a été assassinée, dans la nuit du 6 au 7 septembre 1949. Son corps a été retrouvé quai de Javel.
L’enquête policière, menée pendant quatre mois, n’a pas permis d’identifier l’auteur du crime. Le dossier a finalement été refermé sans que les circonstances de cette mort soient véritablement éclaircies. Près de huit décennies plus tard, le romancier s’est plongé dans les archives pour tenter de reconstituer cette existence et cette affaire restée sans réponse. Au fil de son travail, il avance une hypothèse sur l’identité du meurtrier.
« Il rend visible une femme qui a été invisibilisée, une victime, une jeune victime dont la police ne s’est pas trop préoccupée », a déclaré Philippe Claudel, président du Goncourt, après l’annonce du résultat.
Dans la continuité d’un travail d’archives
Cette distinction s’inscrit dans une période particulière de la carrière de Philippe Jaenada. Après une première partie de parcours marquée par l’autofiction et l’humour, l’auteur s’est tourné depuis une quinzaine d’années vers de longues enquêtes littéraires consacrées à des destins réels. Il y mêle recherche documentaire, récit personnel et reconstitution du passé.
- La Petite Femelle s’intéressait au parcours de Pauline Dubuisson.
- La Serpe revenait sur l’histoire d’Henri Girard, jugé en 1941 pour un triple meurtre familial avant de devenir écrivain sous le nom de Georges Arnaud.
- Au printemps des monstres explorait le meurtre du petit Luc Taron, survenu en 1964.
- La désinvolture est une bien belle chose évoquait l’existence de certains enfants de la guerre.
Avec L’Inconnue du quai de Javel, l’écrivain poursuit donc une démarche centrée sur des personnes et des affaires que le temps a reléguées à l’arrière-plan. Le parcours de Louise Cansot donne au roman une dimension particulière : derrière l’énigme criminelle se dessine la tentative de restituer une vie, une présence et une histoire à une femme dont la mort n’avait pas trouvé d’issue judiciaire.
Six voix contre trois
Les membres de l’Académie Goncourt ont accordé six voix à Philippe Jaenada, contre trois à Yannick Haenel pour La Solitude des professeurs est infinie. Deux autres titres figuraient encore dans la sélection finale : Choses que je croyais perdues, de Clémentine Mélois, et De l’autre côté du lac, de Sylvain Prudhomme.
| Prix | Lauréat 2026 | Œuvre distinguée |
|---|---|---|
| Goncourt | Philippe Jaenada | L’Inconnue du quai de Javel |
| Goncourt 2025 | Laurent Mauvignier | La Maison vide |
Le nouveau Goncourt place ainsi au premier plan le récit d’une femme dont le nom était resté attaché à une affaire non élucidée. En choisissant de raconter Louise Cansot, Philippe Jaenada transforme une enquête ancienne en objet littéraire et interroge, en creux, la manière dont certaines victimes disparaissent de la mémoire collective.